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Récit/enquête/roman : Grégoire Bouillier, Le Coeur ne cède pas, Flammarion

Chère Penny, J'aimerais par le présent article restituer ce qui vous revient. J'entends sur les ondes des interviews (intéressantes au demeurant) de Grégoire Bouillier se gobergeant de "ses" enquêtes et se glorifiant du succès de "son" Coeur ne cédant pas, tirant à lui la couverture de la gloire médiatique, vous laissant nue et frigorifiée dans un lit d'ingratitude. Car de vous, nada, nothing, makache walou! Quid des heures d'investigations que vous passâtes à téléphoner aux uns et aux autres, de vos intuitions fulgurantes et de votre clairvoyance bien plus efficace que les brumeuses supputations de votre besogneux patron? Car ceci n’est pas un livre, c’est un satellite, une comète fantasque et pointue qui gravite autour de son sujet sans jamais le toucher. Un objet littéraire, à coup sûr, d’autant plus littéraire qu’il est ancré dans le réel jusqu’à la moelle. La Bmore se targue d’une méthode dont l’efficacité repose sur l’investigation imaginaire....

Poésie : Albertine Benedetto, Sous le signe des oiseaux, (éditions l’Ail des Ours)

Voilà un livre qui invite à lever la tête. Quels sont-ils, les oiseaux d’Albertine Benedetto ? De la mouette au rossignol, des hirondelles aux martins-pêcheurs en passant par les très (trop?) connotés albatros et cygnes, il ne s’agit que d’oiseaux, terme générique qui finalement résume l’intention parabolique de l’auteure : non pas une expertise ornithologique mais bien un élan vers un ailleurs désapesanti. Plus objet que sujet du poème (Albertine Benedetto parle de « poèmes-oiseaux »), seul ou en groupe, l’oiseau est avant tout une trajectoire graphique parfaitement illustrée par les encres de Renaud Allirant qui jalonnent le volume. L’oiseau est dessin, l’oiseau est écriture, faisant « respirer la nuit/d’une ponctuation grave ». Parallèlement, la dimension sonore est mise en avant, à commencer par les références explicites aux musiciens des oiseaux : Prokofiev, Rameau, Hahn, Sculthorpe ou Saint-Saëns… La langue chante, « ça piaille craquette criaille », le « chœur des oiseaux » sca...

Poésie : Le Manscrit, Olivier Domerg (ed. Le Corridor bleu)

Depuis plus de trente ans, Olivier Domerg passe le paysage au crible de l’écriture. Le Manscrit est le dernier opus de cette entreprise de topographie poétique et vient clore une trilogie (après Portrait de Manse en Sainte-Victoire molle et Fragments d’un mont-monde) qui fait du Puy de Manse, cette montagne située entre massif des Écrins et Champsaur, « l’épicentre de l’écriture ». Accompagné de la photographe Brigitte Palaggi, le poète tourne autour de son motif. De sa langue précise comme un scalpel, il scrute la montagne aux trois bosses sous tous ses angles (et, même s’il lui en coûte de l’avouer, sous son aspect le plus « carte postale », côté lac, concession à l’exhaustivité des points de vue). Olivier Domerg fait état de la diversité de la flore et de la faune (des corbeaux et encore des corbeaux mais aussi des marmottes entraperçues ?), mentionne les lignes de crête et les moraines toujours recommencées : en vérité une absence du spectaculaire alpin porteur d’une infinie riches...