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Photographie/Poésie : Christophe Roque, Jules Vipaldo, Jeu, sets et Malt, (éditions Le Parasol Pleureur)

On sait que l’inclassable Jules Vipaldo aime à s’acoquiner. C’est avec Christophe Roque, photographe et comédien, qu’il commet son dernier livre, Jeu, sets et Malt. D’une présentation sobre, à l’instar de la couverture, l’ouvrage est composé des photographies de Christophe Roque sur la page de gauche accompagnées des textes de Vipaldo, courts poèmes inspirés sur la page opposée. Les deux propositions sont séparées d’une plage de blanc, un espace de respiration participant à la plasticité de l’ensemble. Si bien qu’à simplement le feuilleter, on peut légitimement s’interroger sur le statut de l’objet. Catalogue, menu, revue publicitaire ? Il est vrai que les photographies de Christophe Roque, des tables de cafés encombrées de leur matériel de consommation usuel (tasses, cuillères, sachets de sucre, cartes de menus, verres), prises le plus souvent en plongée, confèrent au volume son aura de glamour estivale et son parfum de villégiature. Les photos ont en effet été prises lors de voyages,...

Photographie/ Poésie : Brigitte Palaggi et Olivier Domerg, La Verte traVersée, éditions L’atelier contemporain

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Après le Manscrit, Olivier Domerg poursuit sa patiente analyse du paysage. La couverture de son dernier opus, La Verte traVersée, en résume la teneur poétique : la photographie de Brigitte Palaggi donne à voir un paysage pluvieux balayé par un essuie-glace invisible. La plaine arborée s’en trouve déformée, comme indiquant par la flèche inclinée des arbres le sens à suivre. Sur le tableau de bord, une carte routière dépliée : la version cartographiée de cette région du Cantal que Domerg soumet à son expertise de topographie poétique. La Verte traVersée se compose de vingt chapitres, dont l’ultime est constitué des photographies de Brigitte Palaggi, complément plastique clôturant le périple cantalien des deux complices. Ciels lourds de nuages surmontant des vallées où sinuent de fins ruisseaux, monts et puys encore enneigés et prairies à l’infini. Et en images comme en textes, du vert et encore du vert. Car du renouveau chlorophyllien printanier Olivier Domerg fait son principe premier,...

Poésie : Ada Mondès, Des Corps poussés jusqu’à la nuit, (ed. Les carnets du dessert de lune)

Le dernier opus d’Ada Mondès se divise en trois grands poèmes aux formes diverses, de la litanie exaltée de l’Héritage à l’éclatement bilingue de Rien n’empêche le chant en passant par la fragmentation haletante de Marcher le monde. Si la poétesse explore autant de formes, c’est qu’il n’est aucun moule prédéfini capable d’accueillir définitivement telle énergie inspirée. Une vitalité qui choisit résolument de ne pas se contenir, un livre-monde où se côtoient psalmodies, rythmes, slam, vers éclatés, où se mêlent amour de la vie et découragements légitimes, où la faim de l’errante se nourrit de l’inconditionnelle adoration de la beauté. Le recueil s’ouvre sur « Memento », sorte de cortège apollinarien, constat désolé d’un monde voué au profit (« l’imaginaire tari à la source du pétrole ») et à la destruction. Face aux génocides et aux camps, que peut la voix du poète ? Sans doute se contenter -et c’est déjà beaucoup- à la façon rimbaldienne, de dresser la liste de ce qu’il voit : « J’ai ...

Récit/enquête/roman : Grégoire Bouillier, Le Coeur ne cède pas, Flammarion

Chère Penny, J'aimerais par le présent article restituer ce qui vous revient. J'entends sur les ondes des interviews (intéressantes au demeurant) de Grégoire Bouillier se gobergeant de "ses" enquêtes et se glorifiant du succès de "son" Coeur ne cédant pas, tirant à lui la couverture de la gloire médiatique, vous laissant nue et frigorifiée dans un lit d'ingratitude. Car de vous, nada, nothing, makache walou! Quid des heures d'investigations que vous passâtes à téléphoner aux uns et aux autres, de vos intuitions fulgurantes et de votre clairvoyance bien plus efficace que les brumeuses supputations de votre besogneux patron? Car ceci n’est pas un livre, c’est un satellite, une comète fantasque et pointue qui gravite autour de son sujet sans jamais le toucher. Un objet littéraire, à coup sûr, d’autant plus littéraire qu’il est ancré dans le réel jusqu’à la moelle. La Bmore se targue d’une méthode dont l’efficacité repose sur l’investigation imaginaire....

Poésie : Albertine Benedetto, Sous le signe des oiseaux, (éditions l’Ail des Ours)

Voilà un livre qui invite à lever la tête. Quels sont-ils, les oiseaux d’Albertine Benedetto ? De la mouette au rossignol, des hirondelles aux martins-pêcheurs en passant par les très (trop?) connotés albatros et cygnes, il ne s’agit que d’oiseaux, terme générique qui finalement résume l’intention parabolique de l’auteure : non pas une expertise ornithologique mais bien un élan vers un ailleurs désapesanti. Plus objet que sujet du poème (Albertine Benedetto parle de « poèmes-oiseaux »), seul ou en groupe, l’oiseau est avant tout une trajectoire graphique parfaitement illustrée par les encres de Renaud Allirant qui jalonnent le volume. L’oiseau est dessin, l’oiseau est écriture, faisant « respirer la nuit/d’une ponctuation grave ». Parallèlement, la dimension sonore est mise en avant, à commencer par les références explicites aux musiciens des oiseaux : Prokofiev, Rameau, Hahn, Sculthorpe ou Saint-Saëns… La langue chante, « ça piaille craquette criaille », le « chœur des oiseaux » sca...

Poésie : Le Manscrit, Olivier Domerg (ed. Le Corridor bleu)

Depuis plus de trente ans, Olivier Domerg passe le paysage au crible de l’écriture. Le Manscrit est le dernier opus de cette entreprise de topographie poétique et vient clore une trilogie (après Portrait de Manse en Sainte-Victoire molle et Fragments d’un mont-monde) qui fait du Puy de Manse, cette montagne située entre massif des Écrins et Champsaur, « l’épicentre de l’écriture ». Accompagné de la photographe Brigitte Palaggi, le poète tourne autour de son motif. De sa langue précise comme un scalpel, il scrute la montagne aux trois bosses sous tous ses angles (et, même s’il lui en coûte de l’avouer, sous son aspect le plus « carte postale », côté lac, concession à l’exhaustivité des points de vue). Olivier Domerg fait état de la diversité de la flore et de la faune (des corbeaux et encore des corbeaux mais aussi des marmottes entraperçues ?), mentionne les lignes de crête et les moraines toujours recommencées : en vérité une absence du spectaculaire alpin porteur d’une infinie riches...