Roman : Yam, les mystères de Marseille, David Gaussen
Tout commence par l’histoire banale d’Émeline, fonctionnaire fraîchement retraitée du musée des antiquités égyptiennes de la Vieille-Charité. Apparemment rien qui puisse justifier le sous-titre du roman : ces « Mystères de Marseille » éponymes de Zola n’ont pour débuter rien d’étrange, juste une trajectoire de vie ordinaire qui se met à marcher à rebours dans les quartiers de Marseille. Car l’histoire d’Émeline n’est pas banale. C’est sur le mode rétrospectif qu’on va en suivre les méandres, à l’images de ceux du Nil ou de l’Huveaune, dont il sera question un peu plus loin.
En observant pour la dernière fois une main de momie coupée dans le musée, Émeline reconnaît la bague du « Prophète ». Le Prophète, c’est son parrain, à n’en pas douter le personnage du récit autour duquel prend corps le mystère. C’est lui qui, à travers son journal, prend en charge la narration en alternance. Le Prophète est légionnaire, il a fait l’Algérie et le Vietnam. Mais c’est surtout un féru d’Égyptologie et plus particulièrement de l’exégète dont le seul nom est une invitation à l’exotisme et à l’érudition : Epaminondas Zacharopoulos. Son livre, l’Égypte à la conquête de la méditerranée et du monde, va passer du parrain à la filleule comme un talisman. La mythologie égyptienne va peu à peu contaminer le récit. Que ce soit dans les rues de Marseille ou au Vietnam, la déesse Shekmet apparaît à Émeline ou au Prophète, qui ne cesse de répéter à qui veut l’entendre : « Les seuls maîtres du monde qui vaillent le coup, c’est les Égyptiens! ». Shekmet lui apparaîtra au Vietnam après la décapitation d’une jeune femme qu’il aimait. Puis ce sera Apophis, sous forme d’un immense python, qui expliquera à Émeline comment la source de l’Huveaune a été asséchée et donnera la clé du titre mystérieux : Yam.
Parallèlement à ces farcissures mythologiques se lit en analepse la modeste destinée d’Émeline, placée dans un orphelinat marseillais, puis aux Bons Pères du boulevard Baille. Trajectoire humble et attachante, marquée du sceau de la solitude et de l’absence : « L’absence d’homme. L’absence d’amis. L’absence de parents. L’absence » (p. 60).
On pourra être tout d’abord dérouté par ce roman hybride, difficilement classable. Mais c’est bien là que réside tout son intérêt, entre érudition, intrigue policière et introspection, David Gaussen nourrissant le récit de références mythologiques comme de faits-divers tenant parfois de la galéjade marseillaise. Au final, un livre jubilatoire où se rencontrent la panthère des calanques, l’improbable monstre du Palais-Longchamp, les déesses antiques, le parcours d’un légionnaire illuminé et celui d’une âme en peine, « seule, mais libre. Indépendante ».

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