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Roman : Les Enfants de la crique, Rémi Baille (ed. Le bruit du monde)

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  Nine, jeune fille de dix-huit ans, vit dans une crique, une de ces enclaves maritimes que l’on trouve dans les calanques entre Marseille et Cassis ou près de Toulon, avec son lot de cabanons aménagés, écrasés par un été torride. Nine se rapproche de Coco, un autre enfant de la crique, puis s’enfuit, sans raison apparente. Entre-temps un incendie met tout ce monde en émoi. Panique des touristes, résistance de la Douane (qui désigne étrangement un couple de femmes tellement unies qu’elles ne font qu’une). Finalement, avec l’aide des pompiers et de Coco, le feu est maîtrisé. Nine en profite pour rentrer de son petit périple. Mais à son retour, on l’accuse d’être à l’origine de l’incendie. Les esprits s’échauffent, on la diabolise. Même Coco ne sait que trop penser. Puis Nine est innocentée grâce à une pièce à conviction : une carte postale qu’elle avait envoyée lors de sa fugue, attestant qu’elle ne pouvait être à la fois à l’autre bout de la Côte et dans la crique en train d’...

Essai : Eddy Merckx , Jean Cléder (Mareuil éditions, 2019)

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  On pourrait trouver ce nouveau livre sur le champion cycliste belge superfétatoire dans la masse des hagiographies relatant les exploits de celui qui reste considéré comme le plus grand champion de tous les temps (on fera le bilan de Pogačar à la fin de sa carrière). Le sous-titre nous met cependant sur la voie : « analyse d’une légende ». C’est en effet à travers le prisme sociologique et iconographique que l’auteur va notamment étudier le parcours du « Cannibale ». Cinq Tours de France, autant de Tours d’Italie, sept Milan-San Remo, trois Championnats du monde cinq Liège-Bastogne-Liège, à vrai dire on va plus vite à énoncer ce qu’il n’a pas gagné que l’inverse… Jean Cléder revient sur les premiers coups de pédale d’Eddy dans le peloton professionnel pour le suivre dans son fulgurant épanouissement jusqu’à la maturité et le fléchissement final, en 1978. Tout est analysé de près : le maniaque de la position à vélo, les concurrents (de l’intronis...

Roman : Lolita, Vladimir Nabokov

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  L olita est doté du pouvoir aphasique des chefs-d’œuvre. De ceux qui laissent sans voix tant leur souffle a cette capacité de brûler les steppes de l’esprit, de véritables forêts calcinées où, de mémoire de lecteur, on ne s’est jusqu’ici jamais aventuré. Pour aimer Lolita , sans doute faut-il être soi-même « un artiste doublé d’un fou, un de ces êtres infiniment mélancoliques, aux reins ruisselants d’un poison subtil » (p. 28), à l’instar de Humbert Humbert, narrateur de cette épopée érotique et déjantée. Humbert se définit d’emblée comme « nympholepte », un de ces hommes d’âge déjà mûr qui tombe amoureux d’une « nymphette », de ces jeunes filles impubères dotées de « cette grâce trouble, ce charme élusif et changeant, insidieux, bouleversant » (p. 27). Humbert Humbert n’hésite pas à épouser Charlotte, la mère de Lolita, pour vivre au plus proche de la fille, qui n’a que douze ans au début du roman, quitte à s’en débarrasser au plus tôt....

Récit : Le Lambeau, Philippe Lançon (Gallimard)

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« J’ai senti que si je revenais bientôt vivre ici, ce serait bref, car je commencerais par me jeter par la fenêtre » (p.476). Quelques mois après le massacre de Charlie qui lui a coûté une partie du visage, en pleine reconstruction, Philippe Lançon évoque son retour chez lui. Si la longue hospitalisation avec ses opérations successives est un douloureux chemin de croix, la route vers la sortie, après un passage rééducatif aux Invalides, n’en est pas moins périlleux. Croiser un Arabe dans le métro, revenir dans les parages de l’attentat, tout peut réactiver le trauma. Mais avant cette phase libératrice, il y a le long processus du rafistolage physique et mental. À commencer par la création de ce « lambeau », un implant du péroné dans l’os de la mâchoire que les balles des terroristes ont fait voler en éclats. La description est minutieuse, parfois à la limite du supportable, millimètre après millimètre, avec ses victoires et ses échecs. Dans le contexte médical s’i...

Roman : Miracle à la combe aux Aspics, Ante Tomić

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  Il est des romans sans limites. Aux antipodes des règles édictées par le Nouveau roman (qui étaient en définitive davantage un rejet global du roman psychologique traditionnel), on comprend vite que le récit d’Ante Tomi ć (A. Tomic, quand même!) a pris le parti de n’en prendre aucun et se jette à tout-va dans une suite de péripéties aussi étonnantes que réjouissantes. La famille Aspic vit dans un village reculé au pied d’une montagne depuis des générations. Le père, Jozo, est un fou furieux, catholique intégriste et militariste. Le récit de la mort de la mère donne le ton : « Zora se tut jusqu’à son dernier soupir, où elle jeta un tendre et ultime regard à son époux et murmura : -Tu es une merde ! ». Resté seul avec s ec ses trois fils , Jozo dispose d’un arsenal impressionnant. Que les agents de la compagnie d’électricité ne s’avisent pas à venir réclamer ce qu’on leur doit. Mal inspirés, c’est ce que font pourtant deux d’entre eux, que la famille v...

Roman : Ardéchois cœur fidèle, Jean Cosmos, Jean Chatenet

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Il est des livres dont la réputation repose sur un malentendu. C’est le cas de Ardéchois cœur fidèle, titre qui doit sa notoriété à une série (on disait plutôt feuilleton, à l’époque) diffusée à la télévision en 1974. L’intitulé peut faire croire à un roman régionaliste à la gloire de l’Ardèche et de ses habitants. Il n’en est rien, le département n’était en définitive le théâtre de l’action qu’en début en en fin de livre. Après dix ans passés au service des armées napoléoniennes, Toussaint Rouveyre apprend que son frère, compagnon du Tour de France, a été assassiné lors d’une des nombreuses rixes qui opposent régulièrement les deux branches des Compagnons : ceux du Devoir et les « Dévorants ». L’enquête de Toussaint le mène vers un certain Tourangeau-sans-quartier, une brute épaisse appartenant aux Dévorants. Dès lors, Toussaint n’a qu’un but : s’infiltrer parmi les Compagnons pour retrouver Tourangeau et venger son frère. Et c’est paradoxalement lorsqu’on quitte le...

Création video/performance, Mélanie Joseph, Manon Cappato (CRAC de Sète)

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Le Centre d’Art Contemporain de Sète propose un ensemble d’expositions liées à la problématique du handicap et de la perception des valides face aux déficiences physiques. L’Art étant en soi un lieu de réception, il semble donc naturel qu’un musée donne à voir et à entendre des propositions plastiques autour de cette thématique pourtant trop absente des cimaises. On connaît l’intérêt notamment des Surréalistes pour des œuvres de déficients mentaux, mais cette mise en avant reposait surtout sur le caractère aculturel de ces artistes qui s’ignoraient. Ce que propose le Crac sous le titre de "En dehors" prend une tout autre dimension : ici, les artistes (eux-mêmes handicapés ou pas) vont interpeller notre rapport à l’Art en nous plaçant de l’autre côté du miroir. Un miroir ébréché et coupant : on ne ressort pas indemne de cette exposition qui interroge en profondeur notre rapport à l’altérité. Parmi les exposants, Mélanie Joseph propose une suite de vidéos montrant des sourds...

Biographie : Christophe Bigot : Un autre m’attend ailleurs (La Martinière)

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Qui le croirait en voyant les dernières photographies de Marguerite Yourcenar, flanquée d’un triste gilet et d’un grand foulard qui met plus encore en valeur son visage parcheminé ? La première académicienne a fréquenté sur la fin de sa vie le milieu interlope de la drogue et de l’homosexualité par l’entremise de sa dernière passion amoureuse : Jerry Wilson, jeune photographe de quarante-six ans son cadet. Jerry rencontre Marguerite à Petite Plaisance, ce coin reculé du Maine où la romancière vivait jusqu’ici avec sa traductrice Grace Frick. Mais Grace meurt d’un cancer et Jerry va la remplacer. Mieux : c’est pour Marguerite une renaissance et l’occasion de partir avec Jerry parcourir le monde. Si dans un premier temps l’attrait de la découverte rapproche les deux amants d’un couple si disparate, l’ambiguïté du personnage va vite s’imposer à Marguerite. Jerry Wilson est bipolaire, complexé et parfois violent. Il rencontre Daniel, un autre homosexuel toxicomane, qui va pousser Jerry à...

Roman : Identité, Martine Marck (ed.BoD, 2024)

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Martine Marck est la romancière la plus authentique qui soit. Depuis des années elle a renoncé à ce qui fait habituellement la vie des écrivains : course à l’éditeur, simagrées de la promotion, jeux de l’entregent… L’industrie du livre ne passera pas par elle, ou si peu. Martine Marck n’est mue que par le désir de raconter. Comme Stendhal, elle a fait le choix d’un happy few et s’est débarrassée de toutes les scories du succès. Et pourtant, cet épiphénomène du monde du livre mérite, malgré elle, qu’on la découvre. Identité est le roman des racines. Rachel vient de perdre sa mère, une femme froide et distante pour sa fille et sa fille le lui a bien rendu. Dans les papiers qu’elle découvre, une étrange lettre intrigue Rachel : Simon, un jeune homme né sous X, a retrouvé la trace de sa mère, une donneuse compatible pour une greffe de moelle osseuse. Rachel n’hésite pas et offre sa moelle à Simon dont on apprendra, suite à des investigations génétiques, qu’il est le frère de Rachel. Début...

Roman : Sandrine Colette : Madelaine avant l’aube

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Elle a la rage, la petite Madelaine, lorsqu’elle débarque comme une bête sauvage à la ferme des Montées. Peut-être une de ces enfants conçues dans les viols perpétrés par le fils du seigneur, Ambroisie-le-fils. Dans le hameau vit tout un petit monde de paysans soumis : la vieille Rose, qui connaît les onguents et les plantes, les jumelles Ambre et Aelis, tellement ressemblantes qu’elles finiront par s’échanger, les frères Eugène et Léon, les enfants, des garçons de l’âge de Madelaine, le cheval Jéricho et le chien Bran, dont on reparlera. C’est un monde de servage et de pauvreté où l’on est soumis aux mauvaises saisons et à la cruauté des seigneurs. Travail harassant, froid, sécheresse, pluies, épidémies, accidents et famines à répétition, tel est le quotidien des habitants des Montées. Et la mort qui rôde et frappe avec une impitoyable régularité. Puis il y a cet acte fondateur : armée de sa hache à la ceinture, Madelaine tue un chevreuil. Un meurtre rédhibitoire sur la terre des s...

Mariotti croque l’avenir 

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Depuis qu’elle a créé sa maison d’édition Les Enfants rouges en 2006, Nathalie Meulemans s’est consacrée à la publication de romans graphiques. Le Génie des élèves, d’Olivier Mariotti, échappe cependant à cette classification : pas de séquentialité narrative, pas de fiction. Le dessinateur et professeur d’Arts plastiques propose une suite de portraits d’élèves tracés au feutre noir et à main levée dans le cadre d’une contrainte temporelle (sept minutes environ par croquis) et spatiale (la salle d’Arts plastiques pendant la récré). Chaque portrait, imprimé sur la page de gauche, est accompagné de cinq questions, toujours les mêmes : l’amour, l’école, la mode, l’art et les réseaux sociaux, autant de sujets impliquant les jeunes et auxquels, de la 6e à la terminale (l’artiste-enseignant exerce en collège et en lycée), ils répondent avec une désarmante spontanéité. L’Amour selon Phoebe ? « Inconditionnel et puissant ». L’école, pour Lola ? « C’est le lieu où on grandit au ralenti ». La m...

Enquête impressionniste : Grégoire Bouillier : Le syndrome de l’Orangerie (Flammarion)

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Que faire quand on voit des cadavres partout ? On écrit le Syndrome de l’Orangerie, comme pour exorciser cette obsession du (des) cadavres flottants. On ne connaîtra que dans l’épilogue ce qui a suscité ces visions spectrales en eaux troubles. En contemplant les Nymphéas de Monet, Bmore (avatar romanesque de Grégoire Bouillier) est saisi d’un malaise, en quelque sorte le négatif d’un autre célèbre syndrome, celui de Stendhal, généré cette fois par un excès de Beauté. Fidèle à ses méthodes d’investigation, Bouillier va décliner le sujet jusqu’à épuisement, d’Ophélie à la Chloé de l’Écume des jours en passant par les morts de 14, tous les « noyés » de l’Histoire littéraire (ou pas) sont passés en revue. Mais c’est dans son approche biographique de Monet que l’ouvrage se distingue. Au scalpel, Bmore va interroger chaque péripétie de la vie du peintre (Bouillier est lui-même un ancien peintre, il sait de quoi il parle) susceptible d’éclairer sa révélation morbide. Étage après étage, chaque...

Antoine Mouton,  Au nord tes parents – éditions La Contre-allée – 64 pages, 2024

L’essentiel en poésie n’est pas tant de savoir si les choses sont vraies que si elles nous chantent, ou plutôt nous enchantent. Sont-ils authentiques, les souvenirs du narrateur, cette permanente transhumance vers le Nord à l’arrière de la voiture, l’enfant subissant l’humeur des parents, un père renfrogné écraseur de chats et une mère astrologue condamnée par un cancer ? La question de la forme a vite fait de balayer nos interrogations : peu importe la vérité – Antoine Mouton est-il cet enfant de bohème ? - puisque, dans une langue simple et subtilement ciselée, il nous invite au parcours septentrional et peu importe si tout n’est que fiction puisque la musique qui émane de ce petit livre est authentique. C’est l’histoire d’une entreprise de désenchantement. L’enfant ne demande qu’à s’émerveiller. Il fait le pari qu’existent les anges mais « les anges, c’était interdit » (p. 11). Giflé par le père pour avoir cru qu’il priait Dieu, ignoré dans sa détresse par la mère indifférente. Un ...

Roman : Hervé Bazin, Qui j'ose aimer

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Tout se passe à La Fouve, une ferme délabrée tenue à bout de bras par la servante bretonne Nathalie, à peine moins vieille que la bâtisse elle-même. La Fouve est peuplée de femmes uniquement : on s’y nomme Isabelle de génération en génération. La narratrice en est une, d’Isabelle, une jeune adolescente qui s’éveille aux choses de la nature. Isabelle la rousse découvre qu’elle a un corps et le roman s’ouvre sur une baignade dénudée dans la rivière qui longe la propriété. Isabelle vit avec sa mère, Isabelle aussi, et sa sœur Berthe, une fille demeurée et attachante comment peuvent l’être ces personnages romanesques poétiques et lunaires (voir par ailleurs la critique des Oiseaux de Tarjei Vesaas). Nathalie veille sur ce petit monde avec ses improbables proverbes et sa bigoterie d’un autre temps. Isabelle la mère est divorcée. Le père d’Isabelle la fille et de Berthe vit en Afrique et on ne parle de lui que pour évoquer la pension mensuelle qu’il verse à ses filles jusqu’à leur majorité....

Roman : Laura Esquivel, Chocolat amer (folio)

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Fille d’une mère tyrannique, Tita aime Pedro éperdument. Et réciproquement. Tout irait donc pour le mieux dans cette hacienda sur fond de guerre civile, n’était le poids d’une tradition (inventée par la mère, Mamá Elena?) qui veut que la cadette d’une famille ne se marie jamais pour pouvoir s’occuper de la mère. Pedro va donc trouver un moyen pour vivre au plus près de Tita : il va épouser Rosaura, la sœur de Tita, seule assurance pour lui de ne pas quitter Tita. Un compromis douteux qui va être à l’origine de bien des malheurs. N’est pas García-Márquez qui veut. Malgré l’humour tranquille qui traverse le livre et l’omniprésence du réalisme magique qui a fait la marque de l’auteur de Cent ans de solitude, Laura Esquivel, qui reconnaît elle-même la marque indélébile de García-Márquez dans son œuvre, ne parvient pas à hisser son Chocolat à la hauteur voulue. La recette n’est inscrite dans aucun livre de cuisine littéraire, parce que le génie ne se copie pas, tout juste se plagie-t-il. ...

Roman : Tarjei Vesaas, Les Oiseaux (traduit du norvégien par Marina Heide), ed. Babel.

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Mattis vit avec sa sœur Hege dans une maison à l’écart, proche d’une forêt et d’un lac. C’est un attardé mental, celui qu’au village on a surnommé le Benêt. Sans condescendance ni moquerie : il est là depuis toujours, c’est ainsi. Mattis a du mal à s’investir dans un travail. Il vit littéralement « aux crochets » de sa sœur (puisqu’elle fait vivre la fratrie en tricotant puis vendant des chandails au village). Deux événements vont perturber cette relation. Mattis va faire une rencontre capitale, Anna et Inger, deux jeunes filles en vacances avec qui il passera une journée inoubliable. Puis ce sera l’arrivée de Jørgen, le bûcheron de passage à qui Mattis offre l’hospitalité. Une opportunité pour Hege de tomber amoureuse, elle qui jusqu’ici n’a fait que s’occuper de son frère, calmer ses phobies des orages et ses irrationnelles obsessions. Au grand dam de Mattis, Jørgen va s’installer et priver le jeune homme de l’affection de sa sœur, du moins le pense-t-il. On connaît d’autres figur...

Roman : Aurélie Jeannin, Au point du jour (ed. De l’Olivier)

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Au point du jour est le troisième roman d’Aurélie Jeannin. De l’univers de Préférer l’hiver et Les Bordes (publiés chez HarperCollins), on retrouve le goût des sous-bois et de l’humus, le réconfort des frondaisons et la sourde menace des étangs. Mais si les deux premières œuvres prenaient le noyau familial et notamment la relation mère-enfants pour écheveau narratif, c’est d’un point de vue plus horizontal que se place ici la romancière. C’est justement un désir d’éclatement familial qui préside au départ de l’héroïne, Florence, jeune femme trop à l’étroit dans sa vie d’épouse. Son nouvel horizon, elle le trouve dans une forêt où se perpétue la tradition de la chasse à courre, et plus précisément dans les yeux de Daguet, veneur chargé de la meute, homme secret et taciturne. Le début du livre est l’histoire du courage nécessaire aux renoncements. Puis intervient la phase de l’observation : comme deux animaux, Flo et Daguet se toisent, s’évaluent sans jamais trop se rapprocher, ...

On ne badine pas avec, Jules Vipaldo (ed. Tinbad)

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« Ce texte a connu plusieurs formes et états, et fait l’objet de nombreux re-travail et de plusieurs refontes avant d’aboutir au livre d’aujourd’hui. Tout d’abord, geste inaugural, il y eut une exposition dans le hall d’une mairie sudiste, il y a tout juste 25 ans (décrochée à la hâte, et sans ménagement, par la police municipale, avant la visite inopinée d’un « ministre de la Ville »). Puis, une représentation du texte sur scène, dans une autre ville du sud, dix-huit ans plus tard, lors d’une performance réalisée par le trio En Roue libre. » (D Fiction) Les origines de On ne badine pas avec se perdent donc dans une nébuleuse et sans doute est-il vain, voire néfaste en ce que toute tentative archéologique enlève bien du charme à l’œuvre excavée, de tenter cette plongée rétrospective vers la matrice. Le désir m’en prend pourtant, plus d’ailleurs par nécessité de replonger vers une époque où tout me paraissait graphiquement possible, même les approches les plus faussement kitch, que p...

Roman : Les Nuits de la peste, Orhan Pamuk (Folio)

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La peste fait des ravages sur l’île de Mingher en 1901. Dans ce contexte mortifère, la princesse Pakizê est confrontée à un cuisant dilemme  : renoncer à son mari le docteur Nuri pour le sauver en épousant le cheikh Hamdullah, tyran de Mingher ou le condamner en refusant la compromission avec le cheikh octogénaire. Digne de Salammbo et Shéhérazade, la fascinante Pakizê, fille de l’ancien sultan ottoman et calife se révèle aussi une fine enquêteuse. Il est difficile en effet, entre le fléau qui fait cinquante morts par jour, les tensions entre musulmans et orthodoxes, de démêler l’écheveau narratif. D’un côté le parti-pris scientifique incarné par le docteur Nuri, envoyé par Istambul pour endiguer la Peste en organisant la quarantaine, et de l’autre le cheikh Hamdullah et les Musulmans qui accusent l’état turc de trahison. La peste devient elle-même objet de méfiance puisqu’on accuse des espions à la botte des orthodoxes de favoriser l’épidémie en lâchant des rats contaminés dans les ...

Bande-dessinée : Les Indomptés, par Blutch (Lucky Comics)

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On est toujours un peu gêné, après la disparition de leurs créateurs, quand paraissent de nouvelles aventures des monstres de Bd franco-belge. S’il fait régulièrement hurler les partisans de l’œuvre définitivement close (et Hergé a certainement bien fait d’interdire toute suite à Tintin), le procédé semble en tout cas lucratif. Après le dernier Astérix et avant le prochain Gaston, vient de paraître un nouveau prolongement de la saga Lucky Luke. Cette fois, c’est Blutch qui s’y colle. Dans Les Indomptés, on retrouve un Lucky Luke baby-sitter malgré lui. Deux mioches, Rose et Casper, deux pestes dignes de Billy the Kid et d’Abdallah, vont faire tourner notre cow-boy solitaire en bourrique. La ficelle comique est connue : un héros capable de vaincre les pires des malfrats complètement débordé par des enfants, ces « pervers polymorphes » qui s’avèrent effectivement indomptables. Parents disparus, grand frère mis en prison par Lucky Luke lui-même, notre héros se sent dès lors respon...

Roman : Katrina Kalda, La Mélancolie du monde sauvage (Gallimard)

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Que reste-t-il quand tout s’effondre autour de soi ? L’Art, bien sûr. Tel est le constat dressé, très tôt dans sa vie, par Sabrina. Livrée à elle-même dans un milieu hostile et affligée d’une mère défaillante, elle découvre le pouvoir résiliant de l’Art lors d’une sortie scolaire au musée Rodin. Dès lors, elle voue sa vie à ce qui peut la sublimer au quotidien et devient plasticienne. Le parcours est semé d’embûches, entre propriétaire trop conciliant pour être honnête et découragements légitimes face à des démarches artistiques dénuées de sens. Ni la rencontre avec le fantasque Vassil, ni l’amour pour la petite Gaïa ne pourront pleinement satisfaire la quête de Sabrina. Reste alors l’ultime option : partir pour le « monde sauvage », fuir le monde social où tout s’écroule. D’un point de départ minutieusement réaliste, le roman s’ouvre peu à peu vers la dystopie. L’effondrement climatique, social et politique est avéré, mais il convient d’espérer : « Beaucoup de nos raisons étaient illu...

Marseille, Roger Duchêne, Jean Contrucci (Fayard)

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«La ville sans nom » a été , pendant une courte période, le nom paradoxal donné à Marseille après la Révolution. Voilà une des innombrables révélations de ce puits d’informations élaboré par les deux érudits Duchêne et Contrucci, le premièr traitant de l’Histoire ancienne de la ville et le second de l’époque moderne. Pour autant, l’imposant volume se lit comme un roman, fluide et addictif en ce que la ville propose de rebondissements entre gloire éphémère et périodes tragiques. La nuance et la rigueur historique sont toujours de mise. Chiffres à l’appui, les auteurs reviennent souvent sur les lieux communs qui ont fait la fausse réputation de Marseille. Cette « ville antique sans monument », essentiellement dévouée au lucre et au commerce, préférant toujours sacrifier les plus pauvres pour l’appât du gain de quelques nantis, parfois gouvernée par des voyous, s’avère par périodes une cité policée, artiste et soucieuse du bien-être de tous. Souvent au bord du déclin, la ville a toujou...

Poésie : Pauvre Baudelaire, par Jules Vipaldo

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Jules Vipaldo et Charles Baudelaire ont au moins cela en commun : ils n’aiment pas la Belgique. Publié en 2015 et récemment réédité pour cause d’épuisement (Vipaldo n’a de cesse d’épuiser la langue) Pauvre Baudelaire est un pendant compatissant au Pauvre Belgique ! (Amœnitates Belgicæ) de Baudelaire. Né d’une frustration (une lecture publique écourtée à Bruxelles dans le cadre d’une rencontre autour de la poésie contemporaine), ce livre drôlatique s’inscrit pleinement dans la veine vipaldienne avec tout ce qu’elle contient de potentialité subversive et inséminatrice. Toute œuvre émane d’un trauma : « N’y a-t-il pas moyen de faire plus court ? ». La phrase est lancée par un auditeur pendant la lecture , et tout bascule. De cette instance à l’autocensure Vipaldo va puiser le motif de son ouvrage, partagé entre colère et mauvaise foi. Et puisqu’il faut se saborder, autant entraîner dans son naufrage toute la Poésie. Débute alors le pilonnage, massacre incessant ...